Coordination territoriale en ESSMS : comment l’évaluer selon la HAS ?


Dans un contexte de transformation du secteur médico-social, la coordination territoriale en ESSMS garantit à une personne accompagnée la continuité et la cohérence de son parcours, en lien avec l’ensemble des acteurs du territoire.
Pour répondre à cet objectif, la Haute Autorité de santé (HAS) propose une fiche méthodologique dédiée à l’évaluation de cette coordination.
Cet article de décryptage vous aide à comprendre les attendus de la HAS et évaluer la coordination dans vos accompagnements.
Coordination territoriale : de quoi s'agit-il ?
Derrière la notion de coordination territoriale, il ne s’agit pas seulement de “travailler en réseau”, mais bien d’organiser des accompagnements plus fluides, plus personnalisés et mieux articulés autour des besoins des personnes.
Une évolution du secteur médico-social
Le secteur médico-social connaît depuis plusieurs années une transformation profonde. On passe progressivement d’une logique de “places” en établissement à une logique de parcours personnalisés.
Concrètement, cela signifie que l’accompagnement ne se limite plus à une structure unique, mais s’adapte en continu aux besoins, aux choix et à l’évolution de la personne accompagnée.
Cette évolution s’appuie sur plusieurs notions clés :
- La modularité : proposer différentes formes d’accompagnement, ajustables dans le temps
- L’inclusion : favoriser l’accès au milieu ordinaire (école, emploi, loisirs…)
- L’autodétermination : permettre à la personne d’être actrice de son parcours
L’objectif est de construire des réponses plus souples, plus individualisées et mieux intégrées dans l’environnement de la personne.
Une coordination entre de multiples acteurs
Pour rendre ces parcours possibles, la coordination devient indispensable. Elle repose sur une articulation étroite entre de nombreux intervenants.
En interne, elle mobilise les équipes pluridisciplinaires : éducateurs, soignants, psychologues, coordinateurs qui doivent partager l’information et travailler de manière cohérente.
En externe, elle implique une coopération avec les acteurs du territoire :
- Secteur sanitaire (hôpital, médecine de ville)
- Secteur social et médico-social
- Acteurs du droit commun (éducation nationale, emploi, logement, loisirs…)
Cette coordination suppose des pratiques structurées, des outils partagés et une communication fluide entre tous les partenaires.
Pourquoi la coordination est devenue un enjeu majeur ?
Si la coordination territoriale est aujourd’hui au cœur des attentes, c’est parce qu’elle répond à un enjeu très concret : sécuriser les parcours.
Sans coordination, les risques sont bien connus : ruptures d’accompagnement, pertes d’information et réponses inadaptées ou tardives.
À l’inverse, une coordination efficace permet de :
- Éviter les ruptures de parcours, en anticipant les moments de transition
- Garantir la continuité de l’accompagnement, même en cas de changement de situation
- Proposer des réponses plus cohérentes et réactives
C’est précisément cette capacité à organiser des parcours fluides et coordonnés que la HAS invite désormais à évaluer de manière structurée.
Quels établissements sont concernés ?
La coordination territoriale ne concerne pas une catégorie d’établissements en particulier. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large : celle de la transformation de l’offre médico-sociale, qui touche aujourd’hui l’ensemble des ESSMS.
Une logique qui concerne tous les ESSMS
Tous les établissements et services médico-sociaux sont potentiellement concernés dès lors qu’ils font évoluer leurs pratiques pour mieux s’inscrire dans les parcours des personnes accompagnées.
Cela inclut aussi bien :
- les structures pour enfants
- les établissements pour adultes
- les services à domicile
- les dispositifs hybrides ou en plateforme
Autrement dit, dès qu’un ESSMS cherche à adapter ses accompagnements, à coopérer davantage avec son environnement ou à proposer des réponses plus souples, il est directement concerné par les enjeux de coordination territoriale.
Des exemples concrets de dispositifs
Certains dispositifs illustrent particulièrement cette évolution :
- Les DITEP (Dispositifs ITEP), qui proposent des accompagnements modulables
- Les DIME (Dispositifs intégrés médico-éducatifs)
- Les PCPE (Pôles de compétences et de prestations externalisées)
- Les plateformes territorialisées ou organisations en réseau
Ces modèles ont en commun de fonctionner de manière plus souple, en combinant plusieurs modalités d’accompagnement et en renforçant les liens avec les partenaires du territoire.
Un point essentiel : pas de modèle unique
Il est important de le souligner : la coordination territoriale ne repose pas sur un modèle standard à reproduire.
Chaque territoire, chaque organisme gestionnaire et chaque structure peut mettre en place des organisations différentes, en fonction :
- des besoins des personnes accompagnées
- des ressources disponibles
- des partenariats existants
Le point commun reste le même : une organisation capable de proposer des accompagnements modulables, coordonnés et centrés sur le parcours de la personne.
C’est donc moins une question de “type d’établissement” qu’une manière de fonctionner et de s’inscrire dans son territoire.
Comment la HAS propose d’évaluer la coordination territoriale ?
Pour évaluer la coordination territoriale, la HAS propose une approche globale (et non critère par critère) centrée sur la réalité des pratiques et leur impact sur le parcours des personnes accompagnées.
Une approche globale
La première idée clé à retenir : l’évaluation ne se fait pas “point par point”, mais à travers une lecture transversale du référentiel.
Autrement dit, il ne s’agit pas uniquement de vérifier si chaque critère est respecté individuellement, mais de comprendre comment l’ensemble des pratiques s’articulent pour produire un accompagnement cohérent et de qualité.
Cette approche permet de :
- Croiser les informations issues des différents critères
- Analyser les liens entre les pratiques
- Évaluer la cohérence globale de l’organisation
L’objectif est de dépasser une vision “administrative” de l’évaluation pour aller vers une analyse plus concrète et plus utile pour le terrain.
Deux grandes dimensions à analyser
Pour structurer cette analyse, la HAS met en avant deux grandes dimensions complémentaires.
Personnalisation de l’accompagnement
La première dimension porte sur la capacité de l’ESSMS à proposer un accompagnement réellement adapté à chaque personne. Cela implique de :
- Prendre en compte les besoins, attentes et choix de la personne
- Proposer des modalités d’accompagnement diversifiées et évolutives
- Favoriser sa participation active dans les décisions qui la concernent
L’enjeu est de s’assurer que la personne est pleinement actrice de son parcours, et que l’accompagnement s’ajuste en fonction de son évolution.
Coordination et sécurisation des parcours
La seconde dimension concerne l’organisation de la coordination entre les différents acteurs impliqués dans le parcours. Elle repose sur plusieurs éléments clés :
- La continuité de l’accompagnement, y compris lors des transitions
- La coopération entre les professionnels et les partenaires du territoire
- La prévention des ruptures de parcours
Concrètement, il s’agit d’évaluer la capacité de la structure à organiser des réponses fluides, à anticiper les situations à risque et à mobiliser les bons acteurs au bon moment.
Les critères clés à observer dans le référentiel HAS
Certains critères du référentiel HAS permettent d’éclairer très concrètement l’évaluation de la coordination territoriale.
Coordination territoriale et parcours de la personne
Première priorité : comprendre comment l’accompagnement est construit autour de la personne. La coordination territoriale se traduit dans la capacité à ouvrir l’accompagnement sur l’environnement de la personne et à mobiliser les ressources utiles à son parcours.
On peut notamment citer :
Critère HAS à retenir sur le chapitre 1
Critère 1.15.10 - Les professionnels mobilisent les expertises et partenariats du territoire, nécessaires à l’accompagnement à la santé de la personne.
Plusieurs éléments sont particulièrement observés :
- Le recueil des attentes et de l’expression de la personne (et leur prise en compte réelle dans l’accompagnement)
- La prévention des ruptures de parcours, notamment lors des moments de transition
- La mobilisation des partenaires en cas de difficulté ou d’évolution des besoins
Ces critères permettent d’évaluer si l’accompagnement est réellement personnalisé, évolutif et sécurisé tout au long du parcours.
Coordination entre professionnels et partenaires du territoire
La qualité de la coordination repose aussi sur la manière dont les professionnels travaillent ensemble.
Critère HAS à retenir sur le chapitre 2
Critère 2.9.1 - Les professionnels se coordonnent avec les partenaires du territoire impliqués dans le parcours de la personne accompagnée et partagent les informations nécessaires.
La HAS insiste notamment sur :
- Le partage d’informations utiles à l’accompagnement, dans le respect du cadre réglementaire
- La capacité à travailler en équipe et en réseau, y compris avec des acteurs extérieurs
L’enjeu est de garantir une circulation fluide de l’information et une prise de décision cohérente, au bénéfice de la personne accompagnée.
Ouverture territoriale et dynamique partenariale des ESSMS
Enfin, la coordination territoriale s’apprécie aussi à l’échelle de l’établissement, dans sa manière de s’inscrire dans une dynamique partenariale plus large.
Critère HAS à retenir sur le chapitre 3
Critère 3.4.3 - L'ESSMS s'inscrit dans des projets communs avec les partenaires du territoire pour renforcer l'offre d'accompagnement.
Ce critère implique :
- L’accès au droit commun (santé, emploi, logement, loisirs…)
- Le développement de partenariats avec les acteurs du territoire
- La capacité à favoriser l’inclusion des personnes accompagnées dans leur environnement
Ces éléments permettent d’évaluer si l’ESSMS ne fonctionne pas en vase clos, mais s’inscrit pleinement dans un écosystème territorial.
Méthodes d’évaluation : comment faire concrètement ?
Au-delà des critères, la HAS propose une méthodologie précise pour évaluer la coordination territoriale de manière concrète. L’objectif est d’observer les pratiques réelles, au plus près du terrain, et de comprendre comment les parcours sont effectivement organisés.
La méthode de “l’accompagné traceur”
La méthode consiste à analyser le parcours d’une personne accompagnée pour comprendre, de manière concrète, comment l’accompagnement est organisé, coordonné et ajusté dans le temps. Pour être pertinente, cette méthode repose sur deux principes clés :
- Choisir des parcours représentatifs des différentes modalités d’accompagnement proposées
- Illustrer la diversité des situations, notamment en termes de complexité, de transitions ou de coordination
L’idée n’est pas de prendre un cas “idéal”, mais au contraire des situations révélatrices du fonctionnement réel de la structure.
L’évaluation multi-ESSMS
Dans certains cas, la coordination territoriale implique plusieurs établissements ou services rattachés à un même gestionnaire. On parle alors d’évaluation multi-ESSMS.
Cette approche permet de :
- Analyser la coordination entre différentes structures (hébergement, service, équipe mobile…)
- Évaluer la cohérence globale de l’organisation
- Vérifier que les parcours sont fluides, même lorsqu’ils impliquent plusieurs entités
Elle est particulièrement utile dans les organisations en dispositif ou en plateforme, où les accompagnements sont répartis entre plusieurs acteurs.
Les 3 niveaux d’analyse
Pour être complète, l’évaluation doit croiser plusieurs niveaux d’observation.
La HAS en identifie trois principaux :
- La personne accompagnée : analyser concrètement son parcours, ses transitions, la prise en compte de ses besoins et la continuité de son accompagnement
- Les professionnels : comprendre les pratiques de coordination, le partage d’informations, la coopération entre équipes et partenaires
- La gouvernance : évaluer le pilotage global (organisation, circulation de l’information, cohérence des décisions, adaptation des ressources).
C’est ce croisement des regards qui permet d’obtenir une vision fidèle de la coordination territoriale, au-delà des intentions affichées.
Les bonnes questions à se poser pour l’évaluation
Au-delà des critères et des méthodes, l’évaluation de la coordination territoriale repose aussi sur la capacité à se poser les bonnes questions.
C’est souvent ce qui fait la différence sur le terrain : une grille de lecture simple, directement applicable dans vos pratiques quotidiennes.
Questions transversales
Certaines questions sont incontournables, quel que soit le type d’établissement ou d’accompagnement. Elles permettent d’évaluer les bases de la qualité du parcours :
- L’information est-elle accessible ?
La personne accompagnée comprend-elle les dispositifs proposés, les options possibles et les ressources disponibles sur le territoire ? L’information est-elle claire, adaptée et régulièrement actualisée ? - Les attentes sont-elles réellement prises en compte ?
Les besoins, préférences et choix de la personne sont-ils recueillis de manière formalisée ? Sont-ils effectivement intégrés dans le projet d’accompagnement et dans les décisions prises ?
Ces questions permettent de vérifier que l’accompagnement est bien centré sur la personne, et pas uniquement sur l’organisation.
Questions spécifiques à la coordination
D’autres questions sont plus directement liées à la coordination territoriale et à la transformation de l’offre. Elles permettent d’aller plus loin dans l’analyse :
- L’offre est-elle adaptable ?
Les professionnels peuvent-ils ajuster rapidement les modalités d’accompagnement en fonction de l’évolution des besoins ? L’organisation permet-elle de moduler les réponses (interventions, lieux, intensité…) ? - Les partenaires sont-ils mobilisés efficacement ?
Les acteurs du territoire sont-ils identifiés et sollicités au bon moment ? La coopération est-elle formalisée et opérationnelle (échanges, outils, conventions…) ?
L’enjeu est de vérifier que la coordination ne repose pas uniquement sur des intentions, mais sur des pratiques concrètes, structurées et efficaces.
Exemple d’évaluation de coordination territoriale
Pour rendre la démarche plus concrète, prenons un exemple simple : celui d’une personne accompagnée dont le parcours présente un risque de rupture (changement de lieu de vie, difficulté scolaire, rupture de soin, etc.).
L’objectif de l’évaluation n’est pas seulement de constater la situation, mais de comprendre comment l’organisation réagit et s’adapte.
1. Le repérage de la situation
Première étape : analyser comment le risque de rupture est identifié. Quelques points à observer :
- Existe-t-il des outils ou des indicateurs pour repérer les situations à risque ?
- Les professionnels partagent-ils les informations (signaux faibles, absences, changements de comportement…) ?
- Le repérage est-il anticipé ou intervient-il uniquement lorsque la rupture est déjà installée ?
Ici, l’enjeu est de mesurer la capacité de l’équipe à anticiper plutôt qu’à subir.
2. L’ajustement de l’accompagnement
Une fois le risque identifié, l’évaluation porte sur la capacité à adapter les réponses. À analyser :
- Le projet d’accompagnement est-il réajusté rapidement ?
- Des solutions alternatives sont-elles proposées (modification du rythme, accompagnement renforcé, intervention à domicile…) ?
- La personne accompagnée est-elle associée aux décisions ?
L’objectif est de vérifier que l’accompagnement est souple et évolutif, en lien avec les besoins réels.
3. La coordination entre les acteurs
Enfin, la coordination territoriale se mesure dans la mobilisation des partenaires. Points clés à observer :
- Les partenaires pertinents sont-ils identifiés et sollicités (école, secteur sanitaire, services sociaux…) ?
- La coordination est-elle organisée (réunions, échanges formalisés, référent identifié…) ?
- Les actions sont-elles cohérentes et partagées entre les différents intervenants ?
C’est ici que se joue la capacité à sécuriser le parcours et à éviter une rupture effective.
Ce type d’analyse permet de passer d’une lecture théorique des critères à une évaluation concrète des pratiques.
Il met en évidence un point essentiel : ce n’est pas l’absence de difficultés qui est évaluée, mais la capacité de l’organisation à les anticiper, s’adapter et mobiliser les bons acteurs au bon moment.
La coordination territoriale en bref
Pour conclure, quelques repères essentiels à garder en tête pour comprendre et évaluer la coordination territoriale dans les ESSMS :
- La coordination territoriale est un pilier de la qualité des accompagnements : elle ne relève pas uniquement de l’organisation interne, mais de la capacité à articuler les interventions autour du parcours de la personne, en lien avec l’ensemble des acteurs du territoire.
- L’évaluation repose sur une approche globale et concrète : il ne s’agit pas de vérifier des critères isolés, mais d’analyser des pratiques réelles, à partir de situations vécues, en croisant les regards (personne accompagnée, professionnels, gouvernance).
- L’enjeu principal : fluidifier les parcours et éviter les ruptures : une coordination efficace permet d’anticiper les moments sensibles, d’adapter les réponses et de garantir la continuité de l’accompagnement, même dans des situations complexes.
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