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Gestion de crise en radiologie des urgences : retours d’expérience et bonnes pratiques

Gestion des risques
23/2/2026
9 minutes
Un radiologue analyse attentivement des images radiologiques sur plusieurs écrans dans un environnement hospitalier.Un radiologue analyse attentivement des images radiologiques sur plusieurs écrans dans un environnement hospitalier.

Le 5 février 2026, le webinar SFR Urgences intitulé « Comment gérer les situations de crise en radiologie des urgences ? » a réuni plusieurs experts autour d’un sujet devenu incontournable.

Animé par Guillaume Herpe et Thibault Willaume, ce live a permis de croiser des retours d’expérience concrets : afflux massif de victimes, cyberattaque, crise sanitaire COVID-19, panne de PACS en télé-radiologie.

Cet article vous propose un décryptage des enseignements clés pour les services de radiologie confrontés à une situation de crise.

Qu’est-ce qu’une crise en radiologie des urgences ?

Lors du webinar, une définition claire a été posée :

“Une crise est une rupture brutale de stabilité d’un système, caractérisée par son intensité, sa gravité et le dépassement des capacités de réponse habituelles.”

Elle révèle souvent une fragilité structurelle sous-jacente : organisationnelle, technique ou humaine.

Les différentes formes de crises rencontrées en radiologie

Les intervenants ont rappelé que la crise peut prendre plusieurs formes :

  • Afflux massif de victimes (attentat, accident ferroviaire, catastrophe naturelle)
  • Crise sanitaire (COVID-19)
  • Cyberattaque
  • Défaillance technique majeure (PACS, RIS, réseau)
  • Contexte géopolitique nécessitant une préparation à la médecine de guerre

Chaque situation est différente. Mais les mécanismes de réponse présentent des points communs forts.

Afflux massif de victimes : retour d’expérience du CHU de Strasbourg

Le CHU de Strasbourg a été confronté à plusieurs événements majeurs ces dernières années. Ces situations réelles permettent d’illustrer concrètement les enjeux d’organisation en radiologie d’urgence.

Des situations réelles : TGV et attentat

Le service de radiologie de Strasbourg a été confronté à deux événements majeurs :

  • 2015 : déraillement d’un TGV
  • 2018 : attentat du marché de Noël

Dans ces deux cas, l’enjeu est identique : absorber un afflux brutal de patients graves.

Les premières décisions structurantes

Lors du déclenchement du plan blanc :

  • Arrêt immédiat de l’activité non urgente
  • Ouverture des scanners disponibles
  • Répartition des patients sur plusieurs sites
  • Désignation d’un radiologue coordinateur par site.

Ce rôle de coordination s’est révélé central pour :

  • Superviser les ouvertures de salles
  • Adapter le rappel des équipes
  • Prioriser les examens.

Les difficultés inattendues

Plusieurs points critiques sont apparus :

1 - L’identitovigilance

Lors d’un afflux massif de victimes, l’identification des patients devient immédiatement complexe. Certaines victimes arrivent sans identité confirmée, sans numéro d’identification patient (NIP), ce qui rend l’intégration dans le RIS difficile, voire impossible.

Or, sans enregistrement fiable dans le système d’information, il devient compliqué de :

  • Appeler le patient sur la console de scanner
  • Assurer la traçabilité des examens
  • Transmettre les images aux cliniciens
  • Produire un compte rendu sécurisé.

Cette difficulté révèle combien l’identitovigilance, souvent perçue comme une procédure administrative, constitue en réalité un maillon stratégique en situation de crise.

2 - La saturation du PACS 

Un autre enjeu majeur concerne la gestion des images.

Un polytraumatisé peut générer jusqu’à 8 000 images. Lorsqu’ils se succèdent en nombre, le PACS et les réseaux de transfert peuvent rapidement atteindre leurs limites.

La vitesse de transfert devient alors un facteur critique : à 12 images par seconde, il faut environ 16 minutes pour transférer un examen complet.

Dans ce contexte, la priorisation des images essentielles (crâne, rachis, coupes abdominales clés) devient indispensable pour permettre aux cliniciens de prendre des décisions rapides, notamment en vue d’un passage au bloc opératoire.

3 - Les comptes rendus

Si le RIS ne fonctionne pas, la dictée devient impossible. Les solutions qui ont été mises en place : 

  • Codage fleur/couleur pour identifier les patients non nominatifs
  • Priorisation du transfert des images critiques (crâne, rachis, coupes abdominales essentielles)
  • Mise à disposition de comptes rendus papier pré-imprimés
  • Coordination étroite avec la cellule de crise hospitalière

Cyberattaque : quand tout le système informatique s’effondre

En 2022, l’hôpital de Versailles est victime d’une cyberattaque survenue en pleine nuit. Comme souvent dans ce type de scénario, les premiers signaux semblent anodins : ralentissements, bugs, redémarrages intempestifs. Puis l’écran noir apparaît, accompagné d’un message de rançon.

Très rapidement, les conséquences deviennent massives :

  • Perte totale du RIS
  • Indisponibilité du PACS
  • Impossibilité d’accéder aux logiciels de planification
  • Imprimantes connectées hors de contrôle,
  • Bascule immédiate en mode dégradé.

En quelques minutes, c’est toute l’infrastructure numérique du service qui devient inutilisable.

Continuer à soigner malgré tout

Malgré l’ampleur de l’attaque, la priorité reste la même : assurer la prise en charge des patients. Les premières mesures sont prises dans l’urgence :

  • Déconnexion immédiate du réseau pour limiter la propagation
  • Maintien des scanners isolés encore fonctionnels
  • Réorganisation complète en mode papier-crayon
  • Régulation médicale renforcée avec tri plus strict des indications
  • Gravure des examens sur CD après validation de sécurité par les équipes informatiques.

Chaque décision vise un double objectif : garantir la continuité des soins tout en sécurisant le système.

Une reconstruction longue et progressive

Contrairement à une panne ponctuelle, une cyberattaque ne se résout pas en quelques heures. Le retour à un fonctionnement normal s’étend sur plusieurs mois.

La reconstruction des systèmes, la vérification de l’intégrité des données, la remise en service du RIS et du PACS nécessitent une coordination étroite entre équipes informatiques, direction et autorités sanitaires. Cette temporalité longue transforme la crise aiguë en crise organisationnelle durable.

Les enseignements majeurs :

  • Nécessité d’un plan de continuité d’activité (PCA) formalisé
  • Procédures écrites de fonctionnement en mode dégradé
  • Sauvegardes régulières
  • Coordination avec l’ANS  et les dispositifs nationaux (programme CARE)

Une cyberattaque ne se gère pas uniquement techniquement. Elle engage l’ensemble de l’organisation : gouvernance, communication, gestion des ressources humaines et maintien de la qualité des soins.

Crise sanitaire COVID-19 : le scanner au cœur du triage

La crise COVID-19 a profondément bouleversé l’organisation des services de radiologie des urgences. À Strasbourg, la montée en charge a été d’une brutalité rare : moins de deux semaines séparent l’arrivée du premier patient du pic de la première vague.

En quelques jours :

  • 3 000 à 4 000 scanners thoraciques sont réalisés, avec des taux de positivité pouvant atteindre 70 à 90 % et une réorganisation complète des flux patients.

Dans ce contexte, le scanner devient l’outil central du triage. Faute de tests disponibles en nombre suffisant au début de la pandémie, l’imagerie thoracique permet d’orienter rapidement les patients, de prioriser les hospitalisations et d’organiser les circuits COVID / non-COVID.

Ce qui a permis de tenir dans l’urgence

Plusieurs leviers ont été déterminants.

D’abord, l’engagement des équipes. Radiologues et manipulateurs ont assuré la continuité des soins malgré l’incertitude scientifique et les tensions logistiques.

Ensuite, une simplification radicale de l’organisation :

  • Annulation des examens non prioritaires
  • Transformation de certaines indications en scanner plutôt qu’en échographie ou IRM
  • Adaptation rapide des protocoles
  • Décisions prises au plus près du terrain.

Dans l’incertitude, les solutions les plus simples se sont révélées les plus efficaces.

Ce qui a marqué durablement les équipes

Si la phase aiguë a suscité un fort esprit collectif, la durée de la crise a progressivement pesé sur les professionnels.

Les effets observés :

  • Une fatigue plus marquée lors du deuxième confinement
  • Un rattrapage d’activité long et complexe
  • Des impacts indirects sur d’autres pathologies (oncologie, AVC, maladies chroniques).

La crise n’a donc pas seulement été un pic d’activité. Elle a généré une tension prolongée sur l’organisation et les ressources humaines.

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Télé-radiologie : de nouveaux risques

La télé-radiologie est souvent présentée comme une solution d’absorption des tensions en radiologie des urgences : mutualisation des effectifs, continuité des soins, couverture territoriale élargie.

Mais que se passe-t-il lorsque l’outil central, le PACS, devient lui-même défaillant ? L’été 2024 a apporté une réponse concrète avec la panne majeure du PACS d’IMADIS.

La crise du PACS IMADIS (été 2024)

En l’espace de quelques heures, l’infrastructure d’interprétation est fortement perturbée. Les conséquences sont immédiates :

  • Arrêt partiel de l’activité
  • Près de 1 000 patients non pris en charge en 24 heures
  • Bascule en urgence vers les astreintes locales des établissements,
  • Signalement national.

Les leviers activés pendant la crise

La gestion de l’événement repose rapidement sur une structuration claire. Plusieurs dispositifs sont activés :

  • Un chef de garde formé à la gestion de crise, responsable des décisions immédiate
  • La mise en place d’un comité de crise structuré
  • Des réunions régulières avec traçabilité écrite des décisions
  • Une communication continue vers les établissements partenaires, les ARS et les autorités nationales.

Au-delà de la résolution technique, l’enjeu devient organisationnel : coordonner, informer, rassurer. La communication structurée et documentée s’impose comme un levier essentiel pour maintenir la confiance.

Les enseignements organisationnels

Cette crise met en lumière plusieurs axes d’amélioration concrets :

  • Définir des indicateurs objectifs de déclenchement de crise, pour éviter l’hésitation entre incident technique et crise majeure 
  • Doubler les systèmes critiques lorsque cela est possible (transfert d’images, portails de secours) 
  • Maintenir une base de données de contacts à jour pour une communication rapide 
  • Organiser un RETEX formalisé, associant équipes techniques et médicales.

La panne technique devient ainsi un révélateur de maturité organisationnelle.

Les 5 piliers transversaux de la gestion de crise en radiologie

À travers l’ensemble des situations évoquées (afflux massif de victimes, cyberattaque, pandémie, panne technique), des constantes émergent. Elles constituent une véritable base de réflexion pour les services de radiologie.

1 - Un leadership clairement identifié

Dans toutes les crises décrites, la présence d’un pilote a été déterminante. Radiologue coordinateur, chef de garde, cellule de crise : peu importe la configuration, une autorité décisionnelle claire doit être identifiée.

Sans référent clairement désigné :

  • Les décisions tardent
  • Les équipes se dispersent
  • Les priorités deviennent floues.

La crise impose une hiérarchisation rapide des actions. Cela nécessite un leadership assumé.

2 - Une communication structurée

La communication n’est pas un élément secondaire : elle conditionne la stabilité de l’organisation. Elle doit être :

  • Interne et claire pour les équipes
  • Externe et transparente vis-à-vis des partenaires
  • Formalisée par une traçabilité écrite des décisions.

L’oral ne suffit pas. En situation tendue, ce qui n’est pas documenté peut être mal interprété ou oublié.

3 - Un mode dégradé anticipé

Le fonctionnement en mode dégradé ne doit pas être improvisé. Il doit être :

  • Écrit
  • Testé en amont
  • Connu des équipes.

Paradoxalement, en situation critique, des outils simples (papier carbone, comptes rendus types, procédures simplifiées) peuvent s’avérer les plus robustes.

Anticiper le mode dégradé, c’est accepter que la technologie puisse faillir.

4 - Une technologie sécurisée mais non exclusive

PACS, RIS, télé-radiologie, intelligence artificielle : ces outils renforcent la performance des services. Mais ils restent vulnérables. La crise COVID l’a illustré : malgré la disponibilité d’outils d’IA, le radiologue restait souvent plus rapide pour interpréter un scanner en phase aiguë.

La technologie soutient la décision médicale ; elle ne la remplace pas.

5 - Une culture du RETEX

Enfin, la gestion de crise ne s’arrête pas au retour à la normale. Comme dans l’aéronautique, il est indispensable de :

  • Analyser ce qui s’est produit
  • Partager les constats
  • Corriger les failles identifiées.

Un RETEX formalisé permet de transformer un événement critique en levier d’amélioration. Une crise bien gérée peut même renforcer la confiance institutionnelle.

La crise n’est plus une exception

Afflux massif, cyberattaque, pandémie, panne technique… La radiologie des urgences occupe une place stratégique dans la chaîne de soins.
Elle est au cœur des décisions médicales.

La question n’est plus :

« Une crise surviendra-t-elle ? »

Mais plutôt :

« Sommes-nous prêts à y répondre collectivement ? »

Anticipation, coordination et communication restent les trois piliers d’une réponse efficace.

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Gregory Cousyn
Directeur Qualité et services clients
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