Infectiovigilance : définition, organisation et prévention


En résumé :
- L'infectiovigilance est le système de surveillance, de prévention et de maîtrise des IAS, dont la maîtrise est évaluée par la certification HAS.
- En 2022, 5,71 % des patients hospitalisés présentaient une infection associée aux soins (IAS).
- Elle s'organise à trois niveaux : l'équipe d'hygiène en établissement, les CPias et CRAtb en région, Santé publique France et la HAS au niveau national.
L'infectiovigilance est un système de surveillance et de prévention des infections associées aux soins (IAS), anciennement appelées infections nosocomiales. La Haute Autorité de Santé (HAS) l'intègre dans son référentiel de certification des établissements de santé pour évaluer la maîtrise des risques, la sécurité des patients et la lutte contre l'antibiorésistance.
Dans cet article, découvrez comment l'infectiovigilance est organisée en France, quelle est l'ampleur des infections associées aux soins, comment les prévenir au quotidien, et quels indicateurs permettent d'en mesurer la maîtrise.
Qu'est-ce que l'infectiovigilance ?
L'infectiovigilance regroupe l'ensemble des mesures de surveillance, de prévention et de maîtrise des infections associées aux soins. Elle fait partie des vigilances sanitaires, au même titre que la pharmacovigilance, la matériovigilance ou l'hémovigilance (chacune couvrant un risque spécifique et un circuit de déclaration propre).
Le dispositif d’infectiovigilance repose sur trois piliers :
- Une définition précise de ce qu'est une infection associée aux soins
- Une organisation à plusieurs échelons pour la surveiller
- Des indicateurs pour en mesurer la maîtrise.
Infection nosocomiale et infection associée aux soins : quelle différence ?
Une infection associée aux soins (IAS) apparaît au cours ou au décours d'une prise en charge (diagnostique, thérapeutique, palliative, préventive ou éducative), alors qu'elle n'était ni présente ni en incubation au début de cette prise en charge.
Toutes les IAS ne sont pas des infections nosocomiales. Le terme infection nosocomiale (IN) désigne spécifiquement les IAS survenant en établissement de santé. Toute IN est donc une IAS, mais toute IAS n'est pas une IN, une infection associée aux soins peut aussi survenir en ville ou en établissement médico-social.
En pratique, un délai d'au moins 48 heures après l'admission est généralement retenu pour caractériser une IAS lorsque l'état infectieux du patient à l'entrée n'est pas connu précisément. Pour une infection du site opératoire, ce délai est porté à 30 jours après l'intervention, et à 90 jours en cas de pose de prothèse ou d'implant.
Infections endogènes et infections exogènes
Une infection associée aux soins se développe selon deux mécanismes :
- Infection endogène : le micro-organisme responsable provient du propre microbiote du patient, souvent à la faveur d'un acte invasif qui lui ouvre une porte d'entrée.
- Infection exogène : le micro-organisme provient d'un autre patient, d'un professionnel, d'un visiteur ou de l'environnement (eau, air, surfaces, matériel), par voie manuportée ou aéroportée.
Quelle est l'ampleur des infections associées aux soins en France ?
En 2022, 5,71 % des patients hospitalisés présentaient une infection associée aux soins, selon la dernière enquête nationale de prévalence publiée en 2023 par le ministère de la Santé. On estime par ailleurs entre 3 000 et 4 000 décès par an liés aux IAS en établissement de santé.
Sites d'infection et micro-organismes les plus fréquents
Quatre types d'infections représentent collectivement 71 % des IAS en établissement de santé :
- Infections urinaires : 28 % des IAS
- Infections respiratoires : 16 % des IAS
- Infections du site opératoire : 14 % des IAS
- Bactériémies (infections liées au cathéter notamment) : 12 % des IAS
Côté micro-organismes, quatre espèces représentent 48 % des cas isolés :
- Escherichia coli : 22 %
- Staphylococcus aureus (staphylocoque doré) : 12 %
- Enterococcus faecalis : 7 %
- Pseudomonas aeruginosa : 7 %
Facteurs de risque et gravité
Certains facteurs tiennent au profil du patient : âges extrêmes (prématurés, personnes âgées), comorbidités (obésité, dénutrition, diabète, immunodépression, cancer solide ou hématologique), ou affection engageant le pronostic vital à court ou moyen terme.
D'autres tiennent au contexte de la prise en charge : port d'un dispositif invasif (cathéter, sonde urinaire, assistance respiratoire), intervention chirurgicale, hospitalisation prolongée.
Toutes les IAS n'ont pas la même gravité. Une infection localisée à un organe (infection urinaire) se traite plus facilement qu'une infection généralisée (bactériémie). La sévérité dépend aussi du profil du patient et de l'éventuelle résistance aux antibiotiques du micro-organisme en cause, qui complique le traitement.
Comment est organisée l'infectiovigilance en France ?
L'infectiovigilance repose sur une organisation à trois niveaux, articulée autour de deux piliers nationaux : la prévention et le contrôle des infections associées aux soins (PCI) et le bon usage des antibiotiques (BUA), tous deux inscrits dans la stratégie nationale de prévention des infections et de l'antibiorésistance en santé humaine 2022-2025.
Niveau local : l'équipe opérationnelle d'hygiène
Chaque établissement de santé dispose d'une équipe opérationnelle d'hygiène (EOH), aussi appelée équipe de prévention du risque infectieux. Experte en prévention du risque infectieux, elle inscrit son action dans la démarche globale d'amélioration continue de la qualité et de la sécurité des soins.
Son rôle est de :
- Définir et faire appliquer le programme de prévention des IAS
- Apporter son expertise sur les projets d'aménagement de locaux et d'acquisition d'équipements
- Participer à la maîtrise de l'acquisition et de la diffusion des résistances aux anti-infectieux
- Assurer une veille scientifique et réglementaire.
Niveau régional : CPias et CRAtb
Ces deux axes sont relayés à l'échelle régionale par deux structures distinctes :
- Les Centres d'appui pour la prévention des infections associées aux soins (CPias) coordonnent, au niveau régional, la prévention et le contrôle des infections associées aux soins (PCI). Ils appuient et accompagnent les équipes opérationnelles d'hygiène des établissements de santé, mais aussi les établissements médico-sociaux et les professionnels de ville.
- Les Centres régionaux en antibiothérapie (CRAtb) coordonnent, au niveau régional, le bon usage des antibiotiques (BUA). Ils animent et appuient le réseau des référents en antibiothérapie et des équipes multidisciplinaires d'antibiothérapie.
Niveau national : Santé publique France et HAS
Santé publique France pilote un réseau de prévention des infections associées aux soins, structuré autour de 5 missions nationales.
Parmi elles, la mission SPICMI (surveillance et prévention du risque infectieux en chirurgie et médecine interventionnelle) et la mission SPIADI (surveillance et prévention des infections associées aux dispositifs invasifs). Ces missions produisent des rapports annuels qui alimentent le suivi de la surveillance des IAS aux niveaux national et régional.
La HAS, de son côté, recueille les indicateurs qui mesurent l'engagement des établissements dans la prévention des IAS (détaillés plus bas) et intègre cette dimension dans la certification des établissements de santé.
Le signalement, un système d'alerte pour les infections graves
Lorsqu'une infection associée aux soins atteint un seuil de gravité (décès, mise en jeu du pronostic vital, déficit fonctionnel permanent), elle peut constituer un événement indésirable grave associé à des soins (EIGS) au sens du décret n°2016-1606 du 25 novembre 2016.
Sa déclaration s'effectue sans délai sur le portail national signalement-sante.gouv.fr, avec transmission au directeur général de l'ARS.
Le critère 1.2-07 (impératif) du référentiel V2027 précise les attendus. Chaque EIGS fait l'objet d'une analyse des causes profondes selon une méthode reconnue par la HAS. Le volet 2 est déposé sur le portail dans un délai maximal de trois mois après le volet 1. Le patient est informé de l'événement de préférence dans les 24 heures, sans dépasser 15 jours.
En établissement de santé, l'analyse de ces événements s'appuie sur plusieurs méthodes de retour d'expérience : revues de mortalité et de morbidité (RMM), comités de retour d'expérience (CREX), revues des erreurs liées aux médicaments et dispositifs associés (REMED).
Un guide conjoint HAS-FORAP rappelle que la qualité de cette analyse reste insuffisante dans environ une déclaration sur deux, en particulier sur l'identification des causes profondes, et souligne l'intérêt d'intégrer le récit du patient dans l'analyse.
Comment prévenir les infections associées aux soins au quotidien ?
La prévention des IAS repose sur des gestes simples, mais dont l'application rigoureuse et continue fait toute la différence.
Les mesures des professionnels
Les professionnels de santé s'appuient sur plusieurs pratiques essentielles : la désinfection fréquente des mains par un produit hydroalcoolique, le nettoyage et la désinfection du matériel et des locaux, ou encore le respect de mesures d'asepsie lors d'une intervention chirurgicale ou de la pose d'un dispositif invasif.
Ces pratiques font l'objet de vérifications régulières, notamment via des audits d'hygiène, qui permettent d'objectiver les écarts entre protocole et pratique réelle.
Le rôle du patient et de son entourage
Le patient contribue lui aussi à limiter les risques d'IAS :
- Se désinfecter les mains régulièrement
- Porter un masque pendant les périodes d'épidémies virales hivernales
- Respecter les recommandations délivrées par les professionnels avant une intervention chirurgicale (douche préopératoire, par exemple)
- Éviter de toucher aux cathéters ou à la sonde urinaire
- Encourager ses visiteurs à se désinfecter les mains en entrant et en sortant de la chambre, et à porter un masque en période d'épidémie hivernale.
Infectiovigilance et certification HAS V2027 : quels critères ?
Le référentiel de certification des établissements de santé version 2027 ne parle pas d'« infectiovigilance » en tant que telle. Mais il consacre plusieurs critères à la maîtrise du risque infectieux, dont plusieurs critères impératifs.
En complément du critère 1.2-07 sur le signalement des EIGS, vu plus haut, le référentiel V2027 consacre plusieurs critères à la prévention du risque infectieux au quotidien, que le tableau ci-dessous récapitule.
Les précautions d'hygiène au quotidien
- Critère 2.2-08 (impératif) : « Les équipes appliquent les précautions standard d'hygiène ». Les experts-visiteurs observent les prérequis à l'hygiène des mains : zéro bijou aux mains et aux poignets, manches courtes, ongles courts et sans vernis.
- Friction hydroalcoolique : l'équipe la privilégie et connaît les rares indications du lavage à l'eau et au savon.
- Accidents d'exposition au sang : l'équipe connaît la conduite à tenir.
- Critère 2.2-09 (standard) : « Les équipes appliquent les précautions complémentaires d'hygiène ». L'information donnée au patient sur ces précautions doit être tracée dans son dossier.
Les dispositifs invasifs
- Critère 2.2-10 (standard) : « Les équipes maîtrisent le risque infectieux lié aux dispositifs invasifs ». La date de pose est tracée et la pertinence du maintien d'un cathéter ou d'une sonde est réévaluée régulièrement.
- Surveillance des taux d'infection : elle est assurée avec l'équipe opérationnelle d'hygiène, et les résultats sont connus des équipes.
- Critère 2.3-07 (standard, chirurgie et interventionnel) : il porte sur le circuit des dispositifs médicaux invasifs réutilisables thermosensibles, comme les endoscopes.
Le bloc opératoire et les secteurs interventionnels
- Critère 2.3-06 (impératif) : « Les équipes des secteurs interventionnels maîtrisent les risques, notamment infectieux, liés aux équipements et aux pratiques professionnelles ».
- Ce qui est vérifié : une antibioprophylaxie adaptée au patient, une préparation cutanée (douche, traitement des pilosités) tracée dans le dossier, l'antisepsie avant l'acte.
- Évaluation des pratiques : infections du site opératoire, port des tenues, nombre de personnes en salle, ouvertures de portes…
Le bon usage des antibiotiques
- Critère 2.4-02 (impératif) : « La pertinence des prescriptions d'antibiotiques est argumentée et réévaluée ».
- Justification : toute prescription d'antibiotique, et sa prolongation, est justifiée dans le dossier.
- Réévaluation entre la 24ᵉ et la 72ᵉ heure : molécule, voie d'administration, dosage et durée.
- Appui : les prescripteurs disposent d'un référentiel d'antibiothérapie et peuvent solliciter un référent en antibiothérapie.
La gouvernance et l'alerte
- Critère 3.1-02 (standard) : les professionnels connaissent le dispositif d'alerte de vigilances ascendantes et descendantes (responsabilités, modalités de transmission, permanence 24 heures sur 24).
- Critère 3.1-05 (impératif) : « La gestion des situations sanitaires exceptionnelles est maîtrisée ». En cas de crise sanitaire, les capacités de diagnostic microbiologique doivent être rapidement mobilisables.
Quels indicateurs pour évaluer et diffuser l'infectiovigilance ?
La HAS recueille régulièrement plusieurs indicateurs qui mesurent l'engagement d'un établissement dans la prévention des IAS :
- ICSHA : consommation de produits hydro-alcooliques
- ISO-ORTHO : infections du site opératoire après pose de prothèse totale de genou ou de hanche
- PCC : bonnes pratiques de précautions complémentaires contact
- ATBIR : taux de patients hospitalisés ayant une prescription d'antibiothérapie de 7 jours ou moins pour une infection respiratoire basse.
- Critère 2.4-02 (certification V2027) : cite un seuil de 5 jours comme exemple d'indicateur interne.
Les résultats de ces indicateurs sont consultables sur le site Qualiscope. La prévention des IAS est également évaluée lors de la certification V2027 des établissements de santé, au travers de critères dédiés, détaillés plus haut.
La diffusion publique via les IQSS 2026
Ces mêmes indicateurs (ICSHA, PCC, ISO-ORTHO genou et hanche) figurent dans la catégorie "Qualité des pratiques dans la prévention des infections associées aux soins" des indicateurs qualité et sécurité des soins (IQSS) que les établissements de santé doivent rendre publics chaque année, en application de l'arrêté du 18 février 2026.
L'indicateur ATBIR, lui, relève de la catégorie "Qualité des prises en charge cliniques" du même arrêté.
Nous détaillons l'ensemble des obligations de diffusion (supports, fréquence, durée de validité des résultats) dans notre article dédié : IQSS 2026 : la liste des indicateurs qualité et sécurité des soins.
L'infectiovigilance évolue au rythme des indicateurs, des seuils réglementaires et des référentiels de certification, rester informé de ces évolutions fait partie intégrante de la maîtrise du risque infectieux. S'inscrire à la newsletter Qualineo
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une infection associée aux soins ?
Une infection associée aux soins (IAS) est une infection qui apparaît au cours ou au décours d'une prise en charge, alors qu'elle n'était ni présente ni en incubation au début de celle-ci. Lorsqu'elle survient en établissement de santé, on parle d'infection nosocomiale.
Combien de personnes sont touchées par les infections associées aux soins ?
En 2022, 5,71 % des patients hospitalisés présentaient une infection associée aux soins, avec un impact estimé à 3 000 à 4 000 décès par an en établissement de santé.
Qui est responsable de la prévention des infections dans un établissement de santé ?
L'équipe opérationnelle d'hygiène (EOH) définit et applique le programme de prévention des IAS. Elle est appuyée à l'échelle régionale par les CPias et les CRAtb, et au niveau national par Santé publique France et la HAS.
Comment signaler une infection grave associée aux soins ?
Une infection atteignant un seuil de gravité (décès, pronostic vital engagé) constitue un événement indésirable grave associé à des soins (EIGS), à déclarer sans délai sur le portail signalement-sante.gouv.fr.

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